En 1317, le Pape Honorius III céda la Corse à la Sérénissime République de Gènes, se réservant certains fiefs ecclésiastiques, notamment dans la région citée plus haut. C’est à cette époque que furent édifiées les églises de VillaNova, de San Fideli, de Santi-Sari et de San Bénédetto, ainsi que les oratoires de San Sivestro, San Bastiano, Sant’Antonio et peut-être San Gavino.
On constate que ces édifices religieux portent le nom du Saint Patron auquel ils ont été dédiés et qu’ils ont donné ce même nom aux lieus où ils ont été construits.
Le plan Terrier établi après la conquête française de 1768-69 a conservé les appellations qui figurent encore sur les plans du cadastre de nos jours. Il est donc certain que San Bénédetto provient de saint Benoît auquel l’église était vouée. Mais s’agissait-il vraiment d’une église comme l’affirment certains historiens ou bien d’un petit monastère d’après d’autres. Les moines de l’Ordre des Bénédictins créé par Saint Benoît de Nursie vers 529 ont dû vivre ici et exploiter le riche vallon.
Aucun document historique ne permet de trancher, de toute façon la tradition orale qui découle très souvent de faits réels, est formelle.
Au XV ème siècle, la Corse était en pleine anarchie, la situation étant compliquée et instable. L’Aragon, la Papauté, Gênes, les Barons,
les Caporaux, les Evêques, les étrangers, les insulaires, tous manifestaient des prétentions sur notre île réduite à une situation misérable.
Gênes céda la Corse à la banque de saint Georges. Notre pays devint la propriété de l’Office de saint Georges qui devait gouverner plus d’un siècle de 1453 à 1561 date à laquelle il quitta la Corse. C’est le 22 mai 1453 que cette transaction eut lieu. Le 23 août 1453, le Pape Nicolas V céda également ses droits à l’office de saint Georges qui s’engagea à fournir une rente annuelle de Cent pièces d’or pour l’investiture.
Une période de paix s’installa. C’est de cette époque que datent les premiers essais d’instauration de l’état civil en Corse. Seules les grandes familles nobles : les
Colonna, les Leca, les Istria, les Bozzi, les Gozzi, les Ornano, les Montichi devenus Pozzo di Borgo avaient un patronyme tiré de leur fief. Les autres, les gens du peuple, les roturiers étaient appelés par leur prénom avec la mention fils ou fille de…. ( le nom du père ou de la mère ou bien du lieu de leur habitat ou alors d’un trait marquant de leur physique ou de leur caractère ).
Quelques exemples : Pietro figlio di Paolo ce qui a donné les Paoli comme nom de famille (Casate) ou les Costa, parce qu’ils résidaient à un endroit dénommé ainsi ; les Rossi découlent sans doute du teint roux de leur visage ou de leurs cheveux. On pourrait ainsi multiplier les exemples de formation de patronymes en Corse. Ce rappel étant nécessaire pour expliquer la provenance du nom de famille
Casasoprana qui vont jouer un rôle déterminant dans la fondation de San Bénédetto.
A Villa-Nova (devenue Villanova) ceux qui vivaient dans les maisons en haut du village (in le case soprane) furent enregistrés sous le nom de famille (Casata) : Casasoprana. Les premières incursions des
Turcs ou Barbaresques, furent signalées en 1505 suivies de nombreuses autres, malgré les Tours appelées aujourd’hui Tours Gênoises, bâties tout le long du littoral et au sommet desquelles, en permanence des guetteurs surveillaient la mer : signalaient l’approche des navires suspects et donnaient l’alerte.
C’est ainsi que malgré la Tour de Capo di Feno, érigée par « la Magnifica Communita d’Ajaccio » les pirates Turcs débarquèrent dans la baie de Lava pour effectuer des tentatives contre les populations d’Ajaccio. Vers
1560, les villages de Villa-Nova et de Santi Sari furent incendiés. Presque tous les hommes massacrés, d’autres enlevés avec les femmes et les enfants.
Seules quelques rescapés purent s’enfuir. Une famille Casasoprana fut recueillie par le monastère de San Bénédetto (l’historien mentionne cette fois monastère au lieu d’église). Donc le premier noyau de peuplement de ce hameau est formé par les Casasoprana dans la deuxième moitié du XVI ème siècle, une quinzaine d’années avant l’exode, pour les mêmes causes, des habitants de la Punta vers la Sarra et la fondation d’Alata. Au cours des générations, les descendants des
Casasoprana, exploitèrent les terres du monastère, avant d’en hériter et en devenir propriétaires lors du départ des moines dont il est impossible de fixer la date même approximative.
La question qui se pose est de savoir où se trouvait le monastère, dont il n’existe ni ruines, ni vestiges. On ne peut qu’émettre des hypothèses. Certains affirment qu’il était implanté à l’endroit où se situe actuellement le cimetière. On aurait trouvé là, paraît-il d’après la tradition orale, des squelettes anciens dans la fosse commune, ce qui laisserait supposer que cette nécropole (l’ARCA, comme on dit en Corse) témoigne de la présence du couvent en ce lieu.
Personnellement et mon idée est partagée par d’autres, je ne le crois pas. Je ne dispose pas de preuves, j’en appelle seulement à la logique. Les moines étaient des hommes de bon sens et d’esprit pragmatique. Comment auraient-ils pu bâtir leur cloître en ce lieu où l’eau est rare, une seule source, au débit très peu abondant s’y trouve.
Par contre, tout laisse supposer que c’est à l’emplacement de l’actuelle église que s’élevait le monastère des Bénédictins.
Ce site est situé à proximité et entre deux ruisseaux : l’un, celui qui coule sous le petit pont prenant sa source au Pantano en aval du col d’Arena, a un débit permanent et assez important en toute saison. Il va se jeter dans le golfe de Lava, après avoir arrosé toute la vallée dont il a été un facteur de richesse permettant l’irrigation des prés et des jardins. L’autre, qui prend son essor juste au pied du
Mont Tanella, est intermittent en partie. Il coule beaucoup d’eau en automne et en hiver au moment des grosses pluies. L’été, par un phénomène d’infiltration souterraine, on le voit sourdre en contrebas, bien que très diminué il résiste aux ardeurs de la sècheresse. Les gens de San Bénédetto l’appellent a « ghjargala ». Ce filet d’eau coupe le chemin du cimetière. D’autre part, une fontaine claire et fraîche dispense son breuvage au fond du ravin Est. En outre, d’autres points d’eau bien que modestes, perlent sur les propriétés de la famille Moneta.
Pour toutes ces raisons, je me crois autorisé à dire que le Couvent dédié à saint Benoît occupait l’emplacement de l’actuelle église.


